Quelques réflexions sur l'Irish Wolfhound par le Dr Frédéric Maison

Tous les cynophiles sans exception ont la fâcheuse habitude de ne trouver de véritable intérêt que dans la race qu'ils
élèvent et qui est l'objet de leur passion. C'est pourquoi j'essaierai de rester objectif en écrivant ces quelques lignes et ne laisserai pas mon coeur me dicter les mots pour décrire le lévrier irlandais. Néanmoins il faut reconnaître que l'Irish Wolfhound présente plusieurs particularités intéressantes : c'est le géant de l'espèce canine. Il détient le record absolu
de taille au garrot en devançant de peu le Dogue allemand. Ceci attise la curiosité du public et sort la race quelque peu de l'anonymat bien qu'elle soit encore méconnue en France.
C'est un lévrier, alors que sa physionomie le rapprocherait davantage d'un colosse du 2ème groupe. De ce fait, il jouit d'un mouvement extraordinaire propre aux chiens du 10ème groupe. Son gabarit impressionnant cache un animal extrêmement doux et affectueux, «un géant au coeur tendre». On voit donc que l'Irish Wolfhound est un animal plein de contradictions
qui ne peut que susciter l'intérêt et l'admiration de toute personne qui s'attarde un peu sur cette race. L'Irish Wolfhound est une race très ancienne. La première preuve irréfutable de son existence remonte au 4ème siècle après. J.C.
(lettre de Quintus Aurelius).Au 3ème siècle avant J.C., les Celtes envahissent les îles britanniques et emmènent avec eux un grand lévrier à poils durs descendant du lévrier d'Asie : le Sloughi. La sélection en Irlande d'un grand lévrier capable de chasser le loup, le cerf et l'élan et résistant aux rudes conditions climatiques, donne naissance à l'Irish Wolfhound.
Il est d'ailleurs également utilisé à la guerre et occupe une grande place dans les récits et légendes où ses qualités
physiques et son courage sont toujours mis en exergue.
Après cet âge d'or (qui va du Moyen âge jusqu'au 11ème siècle)
il va connaître un déclin progressif causé par la disparition des loups, l'évolution des techniques de chasse
(utilisation du fusil) et l'affaiblissement de la noblesse irlandaise persécutée par Cromwell. En 1863 la race a presque disparu quand un anglais, le Capitaine Graham, la prend en main et la sauve de l'oubli. Il va alors consacrer sa vie et sa fortune à recréer l'Irish Wolfhound à l'aide des derniers spécimens existants et de croisements avec des Deerhounds, des Barzoïs,
des Dogues du Tibet et des Dogues allemands.

A la fin du 19ème siècle, la race est définitivement sauvée et le standard est rédigé en 1885.
Ce sont les USA qui détiennent actuellement le plus grand effectif, suivis de la Grande Bretagne et de l'Allemagne.
En France, l'élevage n'a vraiment commencé que dans les années 70 et produit actuellement, en moyenne une centaine de chiots par an.
Reprendre le standard point par point pour décrire l'Irish Wolfhound serait trop long et n'est pas le but de cet article.
Je ne m'attarderai donc que sur certains aspects qui me paraissent primordiaux, tant pour l'éleveur que pour le juge.
C'est de sa fonction originelle, à savoir la chasse au gros gibier, que découle la majorité des caractéristiques de la race
et c'est justement parce que nous n'avons plus l'opportunité de chasser qu'il faut être particulièrement vigilant afin
d'assurer la pérennité de la race dans son état ancestral.L'Irish Wolfhound doit naturellement dégager une impression
de force et de sérénité. Un animal de cette stature doit être confiant et sûr de sa puissance. C'est ce que les Anglais appellent
la commanding appearance. Il faut donc refuser les chiens timides ou agressifs. Le chien doit être de grande taille avec une bonne ossature et une musculature développée.
Néanmoins son poids ne doit en aucun cas être un handicap pour son mouvement qui doit rester celui d'un lévrier : actif et aisé. Et c'est probablement dans cette dualité que réside la difficulté principale de l'élevage. Tous les éleveurs ont pu constater qu'il était relativement facile de produire un petit sujet léger mais animé d'un mouvement aérien de Greyhound ou au contraire un géant de 90kg incapable de se mouvoir correctement.
C'est grâce à une sélection sans faille et sans relâche que l'on donne vie à ces géants au mouvement digne d'un lévrier.
La tête est également un élément primordial. Elle est, à elle seule, un condensé de la race et de son passé. Étant celle d'un lévrier, elle est longue, sans stop, et le crâne est étroit. De son regard se dégage la force et le courage légendaire
d'un chasseur de loup mais également la douceur et l'intelligence d'un chien de compagnie très prisé qui a souvent été considéré comme l'égal d'un humain au cours de son histoire. Le Deerhound, ce chasseur de cerfs, est le cousin à la fois
proche et lointain de l'Irish Wolfhound. Il a les mêmes origines mais la sélection d'un lévrier rapide et agile capable
de chasser le cerf dans les Highlands d'Écosse au relief accidenté a donné naissance à un chien d'apparence (et seulement d'apparence) semblable au lévrier irlandais bien que son gabarit soit nettement inférieur. La texture du poil est identique
à celle de l'IWH mais la couleur de la robe est moins variée. En fait, le Deerhound ressemble davantage au Greyhound.
Il a en effet un aspect graïoïde plus marqué, aussi bien dans la morphologie que dans le caractère. C'est un chasseur né
qui se prête mieux que l'IWH aux épreuves de substitution de chasse que sont la PVL ou le racing. Il me semble illusoire de penser pouvoir, un jour, chasser de nouveau avec l'Irish Wolfhound. (La chasse au lévrier est interdite depuis 1884 - NDLR). Néanmoins, comme bon nombre de races qui ont totalement perdu leur fonction originelle (mais non leurs aptitudes),
sa reconversion en chien de compagnie n'a pas été difficile, aidée en cela par son caractère sûr et équilibré, son intelligence naturelle et son physique attrayant qui en font un compagnon idéal.